REVUE DE PRESSE DU NOUVEL ATTILA


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Le Figaro littéraire, 20.09.2004
par Sébastien Lapaque

Le nouvel Attila repousse au second rayon

 
A la fin, nos bibliothèques étaient trop bien rangées. Nous avions tous les mêmes bons auteurs mis en évidence, tous les mêmes Pléiades et les mêmes classiques, tous les mêmes grantécrivains à notre chevet. Il a fallu des éditeurs comme le Dilettante, Phébus et Losfeld pour nous ramener où nous n'allions plus, au second rayon de nos bibliothèques où nous avions abandonné tant de petits maîtres sans les avoir lus : Henri Calet et Emmanuel Bove, Upton Sinclair et Maurice Raphaël, André Héléna et Jacques Perret.

Le Nouvel Attila a pour vocation de célébrer sur un mode majeur ces écrivains qu'on dit trop facilement mineurs. «Destiné aux curieux, érudits, Pangloss, dilettantes, dames et quidams et autres chevaliers de la presse libre, Attila est voué à l'exploration et à la réhabilitation des auteurs maudits, mineurs, pirates, oubliés ou mésestimés», écrit Benoît Virot dans l'éditorial d'une première livraison qui affiche modestement un n° 0 alors qu'elle est déjà très aboutie.

Il y a dans les seize pages grand format de cette revue imprimée sur papier jaune un ton vif et impertinent, dont nous n'avons jamais douté qu'il ne laisserait jamais de revenir dans les lettres françaises. Tournant le dos aux moeurs d'une presse infatuée et d'une critique menée par des flics payés à la ligne, les rédacteurs du Nouvel Attila célèbrent en liberté les écrivains qu'ils aiment et qu'ils lisent comme il convient, au hasard et souvent : Pierre Mac Orlan et Larry Brown, Hermann Melville et Raymond Guérin, Isidore Isou et Paul Gadenne (...)



Le Matricule des anges n°61, mars 2005
par Philippe Savary

LMDA




La Main de singe n°3, mars 2005
par Apostolos Mangematin, préfet maritime





Télérama, 22 juin 2005
Par Martine Laval





France-Inter, émission Cash-Cash, 11 juillet 2005
Invité : Jean-Michel Place.

Reportage de trois minutes sur la revue, en compagnie du Gouvernail, à la librairie Va l'heur (27, rue Rodier, Paris IXe). « En bon chineurs, ils vident leur grenier, les bibliothèques et les rayons obscurs des librairies... »

Extrait de l'interview : « C'est une officine secrète de l'Oulipo et du Collège de Pataphysique, où l'on trame de temps en temps des complots pour renverser le monde de l'édition, et surtout, les hiérarchies littéraires (...). On trouve ici Maurice Fourré, Hanri-Simon Faure, Maurice Ciantar, Pierre Bettencourt... des noms un petit peu délicieux qui, même si on ne les connaît pas, donnent forcément envie d'aller voir ce qu'il y a derrière. Il y a des chances qu'il y ait des chefs-d'oeuvre oubliés, des trésors à remettre au jour, et donc des choses à faire partager. Imaginez qu'on achète toute l'oeuvre d'un auteur que personne ne connaît et qu'Attila le fasse connaître du jour au lendemain, on serait à la tête d'un petit pactole. »

Réagissant au contenu du Nouvel Attila, Jean-Michel Place déclare : « Il y a un papier très sonore : ça passe bien à la radio. »

Avant de dessiner un programme pour la revue :
« Ca m'intrigue, mais en même temps il faut que l'herbe repousse. C'est pas le tout de s'appeler Attila... Il faut désherber, ça, c'est sûr...
NON, pas désherber, il faut sélectionner un certain nombre d'herbes. Mais ça c'est leur boulot, c'est le travail de fonds dans les librairies...
En même temps, aujourd'hui, le jardin, on ne désherbe plus un jardin, on va laisser pousser les herbes qu'on appelait des mauvaises herbes, et aujourd'hui les mauvaises herbes sont les plus recherchées, et on les cultive, et on les respecte, avec beaucoup de bonheur. »




La Revue des revues n°36, été 2005 
par Éric Dussert

C'est peut-être un signe des temps : tandis que les revues littéraires semblent, en ce qui concerne leur aspect physique, subir une relative baisse de créativité ­ le dos carré fait presque uniformément recette ; les grosses paginations se multiplient et le caractère institutionnel des maquettes prédomine ­, journaux littéraires, tabloïds et autres placards réinvestissent un champ qu'ils avaient abandonné il y a fort longtemps. Mais dix ans après la création du Matricule des anges, et quelques semestres après le lancement d'une nouvelle série des Lettres françaises (encartées chaque dernier mardi du mois dans L'Humanité) et de La Main de singe (nouvelle formule), un nouveau titre fait irruption avec des arguments qu'on peut trouver contondants : Le Nouvel Attila, un organe qui, à l'instar du Matricule des anges à ses débuts, est composé d'une équipe de jeunes journalistes, laquelle ne s'en laisse pas compter. Et n'est-ce pas ce que l'on demande, d'abord, aux journalistes ?

Si l'on en croit l'éditorial inaugural de Benoît Virot, qui incarnait d'abord un « gouvernail » avant d'atteindre le grande de « capitaine » dès la parution du numéro « Hun », il s'agit pour cette troupe, qu'on devine enthousiaste, échevelée et mordante, de « bouleverser le pré carré des feuilles de chou littéraires ». Suivez son regardŠ Empruntant à Raymond Guérin, l'un des écrivains tutélaires du Nouvel Attila, Virot ajoute : « Nous sommes las d'entendre toujours les mêmes noms, de lire les mêmes couplets extasiés, las enfin de ces bénisseurs qui, comme si on leur avait fait le mot, s'en vont partout nasillonner les mêmes los à l'intention des mêmes pontifes ou autres enfroqués ! Toujours les mêmes et interchangeables têtes d'affiche ! Toujours Barthes, Echenoz, Semprun et Darrieussecq, Simenon et Bukowski, Ellroy ou Jaccottet ! Quel sempiternel ressassage ! Quel avachissement de l'imagination ! Quel manque d'originalité ! Quelle routine !  »

Avec Yann Bernal, Nicolas Bernal, Euphorbe Saxifrage, Mehdi S'Tylh, Rouge-Bibi, Tryphon Campaoré, Bérengère Cournut, Théo Delambre et quelques autres, qui nous pardonneront de ne pas les citer ­ on remarquera au passage la variété des pseudonymes en usage chez ces nouveaux Ostrogoths ­, Le Nouvel Attila est, à l'évidence, une revue de lecteurs. Des lecteurs lassés par l'inanité des conseils autoroutiers auxquels on a droit dès qu'on s'aventure dans les suppléments littéraires en vue, mais aussi dans les magazines à la mode et ceux qui le sont moins, lesquels se permettent de colporter l'air du temps et la « nouveauté » comme s'il s'agissait à tout coup d'un Graal. Du reste, les rédacteurs du Nouvel Attila ne s'en prennent pas qu'aux « prescripteurs » qui nous fourguent leurs médecines à dividende : ils dénoncent tout autant le tout-à-l'égout du goût commun, ainsi que l'habitude frileuse de ne se référer qu'aux « valeurs » promues en rappelant l'existence d'¦uvres mal considérées (c'est-à-dire mal, ou pas du tout, médiatisées). En somme, ils nous imposent une sorte de petit calcul mental : pour un lecteur de Claude Seignolle (auquel ils tressent de justes lauriers pour sa Nuit des Halles), combien de promos et d'encarts pour Christian Signol ? Autre cas : combien de mètres linéaires consacrés à Simenon en librairie tandis que les très grands Maurice Raphaël ou bien Épinglé comme une pin-up dans un placard de GI de Benacquista restent introuvables ? Voilà, les questions d'économie du livre que se pose avec à-propos Le Nouvel Attila.

Comme nous le dit Benoît Virot : «  Enragés de ne pas trouver des auteurs ou des titres quand on les cherche (que ce soit en librairie ou en bibliothèque), nous voudrions conjurer :
- Les lacunes de l'édition ;
- Le prix dissuasif des livres ;
- Les instincts moutonniers et le manque de références à l'histoire littéraire de la critique actuelle ;
- Le déséquilibre et les injustices des hiérarchies littéraires ;
- L'abus des modes et des commémorations diverses.
»

Un sacré programme, qui achoppera sans doute sur la question des instincts et des hiérarchies, mais qui a le mérite d'exposer les motifs de sa colère.

Conséquent, il « lance ses cohortes à l'assaut des bibliothèques pirates, parallèles, invisibles, qui regorgent d'écrivains maudits, mineurs et mésestimés et où en filigrane apparaît tout un univers de contrebande dont nous nous voulons les passeurs acharnés ». Mais il y a aussi des nouveautés délectables, des librairies dont l'étalage mérite un coup de chapeau, une « Liste noire des livres épuisés depuis dix ans », des pages de fiction inédites, et quelques coups de cimeterres assénés avec le plat ­ et si le plat ne tue pas, il peut être dur. Georges Sand, l'« un des pires écrivains qui soient », ou Enrique Vila-Matas, dont l'exercice de «  vampirisme littéraire », l'« afféterie » et le « narcissisme » ont lassé sont pris comme témoins de la vacuité d'une époque tellement fascinée par le personnage de Bartleby.
Tout à leur « spéléologie littéraire », les jeunes barbares n'en sont pas pour autant agressifs : d'une nature plutôt douce et généreuse, ils rendent grâce à ceux qui leur ont procuré des plaisirs de lecture (Topor, Baronian, Ludwig Hohl, Hardellet, etc.) et, vraiment militants, organisent des lectures, tout en projetant de lancer des rééditions, de monter un ciné-club et un prix littéraire (« revival du prix Nocturne ou du prix du métro Goncourt »), des conférences marchées dans les rues de Paris, et même de vraies-fausses exécutions publiques devant la prison de la santé. Où le Hun se révèle...

On trouve assez de fantaisie dans Le Nouvel Attila pour ne pas s'inquiéter outre mesure de ces symboliques menaces : fantaisie des règles de fonctionnement du journal (« chaque numéro devra contenir une allusion, même voilée, à l'oeuvre du général de Gaulle ; La première attaque contre l'univers de l'édition apparaîtra toujours aux alentours de la page 13 »), fantaisie des mémoires apocryphes de Michel Polac, fantaisie du choix des sujets à traiter de l'actualité éditoriale, fantaisie de la maquette (dûe à Lol V. Stein [sic]), etc. Et, là-dessus, un collage de la tête de Chloé Delaume sur un corps de pin-up avec cette légende : « Chloé Delaume dans Attila ? Certainement pas. »

On aura compris que Le Nouvel Attila a développé une appétence marquée pour la production des maisons d'édition en devenir, autonomes ou marginales et, parallèlement, un refus tout net des truismes de notre époque. De bon aloi, Les Huns nouveaux sont bien des refuzniks, de ceux qui ont préfèrent dire non plutôt que de concourir au Grand N'importe Quoi. Alors, s'il faut émettre un avis à leur destination, celui-ci coule de source : ne changez rien, ni la ligne, ni l'entrain, et que les bibliothèques repoussent.



La Main de singe n°4, octobre 2005
par Apostolos Mangematin, préfet maritime

Desherbant




Stalker, décembre 2005
par Juan Asensio

Je profite du signalement de l'étrange objet qu'est Tsimtsoûm pour évoquer une non moins talentueuse équipe menée par Benoît Virot, celle du Nouvel Attila, dont les proses bizarres, coruscantes, parfois trop visiblement décadentes (ce qui nous vaut alors quelque affectation stylistique), vrombissent d'un amour de la littérature méprisée, celle qui fut le pain noir quotidien d'auteurs obscurs ou complètement oubliés. Dans cette revue à la maquette surchargée, agressive quoique moins fastidieuse à lire que celle de Tsimtsoûm, quelques solides détestations aussi, ce qui nous rassure. En tous les cas, le nom du cher Gadenne, au sommaire du premier numéro (nous en sommes déjà au troisième), est un fait suffisamment rare pour qu'il mérite d'être signalé.



Offensives n°9, février 2006

Face à une industrie du livre touchée par la consommation de masse, il n'existe que très peu de tribunes critiques alternatives. Et encore moins de revues qui s'attachent à mettre en avant des auteurs méconnus. Le nouvel Attila, au rythme de trois livraisons par an depuis 2004, veut "bouleverser le pré carré des feuilles de choux litéraires". Composé d'une vingtaine de pages dans un format tabloïd, chaque numéro comporte de nombreuses illustrations (photos et dessins), en noir et blanc. La horde de rédacteurs passionnés chevauche loin de la steppe aride où règnent les marchands de livres. Direction : "les lisières et les faubourgs de la littérature". Au sommaire, trois parties (critique, créatique et trafic) éveillent notre curiosité. Il s'agit de créer une transversalité culturelle entre les époques et les genres. Sans s'arrêter à une tribune, qui peut vite devenir figée, l'équipe du nouvel Attila manifeste son intérêt pour le débat et les rencontres. Sont organisées, dans les bars et librairies de certaines villes, des lectures et des exhibitions de pans entiers de la littérature. Progressivement, par le biais d'un prix littéraire, seront mises à disposition les trouvailles de ces chercheurs insatiables. En attendant, le troisième numéro comporte une thématique centrale autour de la torture, abondamment illustrée par des dessins de Noémie Barsolle, Anne van der Linden et Stéphane Blanquet.



Midi Libre , mai 2006

« Ecrire reste souvent un appel à l'autre dont savent se saisir les faiseurs de revues parallèles... » !
50 ans après l'immortelle photo de l'Ecole de Minuit, voici le Manifeste fondateur d'une nouvelle « Ecole du Midi » !

Attila Comédie
    De gauche à droite : Quasimodo, La Femelle du Requin, Le nouvel Attila & Le Corps du texte.




Chroniques errantes n°27, avril-juin 2006
(Cette revue de l'Atelier de l'agneau, fervent soutien du poète polygraphe Ivan Ch'vavar, se singularise par des notes critiques pointues, toujours hors des sentiers battus)
Par Françoise Favretto

Dépassant le format A3, voici une revue-journal dont la particularité est de tirer à 1555 exemplaires et de s'intéresser, dans un beau rapport textes-images et mises en page ad hoc, aux écrivains rares et aux livres introuvables. Ainsi les frères Chadourne, Dada, le collège de Pataphysique, l'auteur allemand Ewers, "connu pour son sens de l'occulte, de l'étrange, voire de l'exotisme morbide" avec deux pages d'inédits, et l'incontournable Ramon Gomez de la Serna (1888-1963), qui écrit en exil à Buenos Aires son Automoribundia et auquel la revue offre de nombreuses pages. Académie de l'humour français (années 20), érotisme, burlesque (Marcel Arnac et ses trivialités)... liste noire des romans épuisés depuis 10 ans... articles critiques de fond sur des livres récents. Qui a connu la revue LE FOU PARLE fera aussi le lien.



ramongomezdelaserna.blogspot.com 16 Septiembre 2006
Par Juan Carlos Albert

La revista francesa Le nouvel Attila dedica su número 4 a Ramón. Publica algunos textos seleccionados de Automoribundia y de París (edición de Nigel Dennis) relacionados con la capital francesa, así como estudios sobre su obra: Deux ténors de la gregueria, Ramón y Mafalda ; L'âme électrique ; Traduire Ramón ; Livres seins ; Ramón à corps ; Le roman de Ramón ; Un couteau sans l'âme... Ramón versus Lichtenberg. También, dos artículos sobre Jardiel Poncela y Umbral. Entre los textos citados, Mehdi S'Tylh se pregunta en una nota: "Rues Raoul, Régis ou Roger... et pas de rue Raymond à Paris ?!"

Puede que no haya ninguna calle Raymond en París, pero sí que hay una ciudad en Francia que bien podría ser su recordatorio apócrifo.




Interview de l'éditeur québecois Benoît Chaput, de L'Oie de Cravan

BDK : Quels sont vos derniers « coups de coeurs », tous domaines confondus ?

Oie de Cravan : Ah, difficile à dire. En vrac : des poèmes de Georges Henein, le dernier livre de Pierre Senges chez Verticale (il a collaboré avec Killofer), l'exposition Dada au Moma à New-York, le journal littéraire français «Attila», tous les disques de Devendra Banhart, le vieux free Jazz allemand, l'expo des oeuvres des membres des Georges Leningrad en juin à la Casa del Popolo, un vieux «Génie des Alpages» dans les toilettes chez des amis hier soir.



Le Quartanier, n°07, hiver 2007
Par Guillaume Fayard

Si parfois la rhétorique un brin ampoulée réac de certains critiques ravivant dans la presse la flamme de tel ou tel grandiose disparu a tendance à agacer, il y a aussi des états de grâce. Benoît Virot, Yann et Nicolas Bernal ont clairement fait avec Le Nouvel Attila le choix de la bibliophilie iconoclaste et improbable, pariant contre la mollesse de leurs contemporains pour la contemporanéité des ancêtres. Voici une revue journal trimestrielle qui se veut (et cela transparaît dans son prière d'insérer comme dans son éditorial) militante, prosélyte, potache. Ce numéro 4 présente un dossier fourni sur l'espagnol Ramón Gomez de la Serna (1888-1963), mais aussi un nombre important de critiques, toutes généreusement référencées et évocatives. Le ton est suffisamment léger pour être virevoltant, mais convoque citations et détails biographiques en appui. Nombre de rééditions au programme, telle La Légende des sexes d'Edmont d'Haraucourt aux éditions du Sandre, un texte poétique fin-de-siècle, hydropathe, et légèrement scato. Une nouvelle de l'écrivain allemand Hanns Heinz Ewers écrite aux alentours de 1901 est publiée en double page et illustrée, à l'occasion de la publication aux éditions Sillage d'un recueil de ses nouvelles, Tannhaüser crucifié, teintée d'un orientalisme convoquant orchidées et création artistique en une quête fébrile où l'on croise diverses Liliths, des flambeaux de noces, des pavots vénéneux. Si la thématique de la revue est resserrée sur l'étrange, le rare, le drôlatique, dans une optique critique et investigatrice, l'objet journal en lui-même est amusant (cf. la Minuscule anthologie d'aphorismes contemporains). Un esprit potache anime le tout, libre, donc, mais impliqué : un topo ici sur les queues d'édition (stocks restants non pilonnés chez les éditeurs) fait écho ailleurs à une liste noire des livres épuisés depuis 10 ans (dont des textes de Gaston Criel, William Hodgson, Hans Henny Jahn). Par ailleurs, on sait que Le Nouvel Attila organise un prix littéraire visant à rééditer un ouvrage épuisé : la structure veut se donner les moyens de sa curiosité.
Le dossier : Ramón Gomez de la Serna, auteur madrilène qu'on pourrait qualifier (très personnellement) de Whitman urbain de l'aphorisme dégommé, y est dépeint de façon multi-angles, et donc plutôt moderne. D'un historique du sein comme sujet littéraire qu'on aurait voulu peut-être plus méthodique ¬ l'auteur a publié un Seins, éd. André Dimanche, qui catalogue et sublime son sujet ¬ on passe à une évocation des subtilités de sa traduction avec François-Michel Durazzo. Le dossier explore la descendance de Ramón vers nos contemporains (Juan Manuel de Prada, qui a écrit un Coños pour lequel on se passera de sous-titre, dans le prolongement du Seños de Ramón) ou ses précurseurs, comme Lichtenberg. Ses contemporains : Cami, Pitigrilli, Bontempelli. à « proximité » de Ramón on a droit à un survol assez fin de la toponymie parisienne autour du prénom Raymond ou au surprenant Ramón y Mafalda... Deux ténors de la Gregueria, article où l'on tisse une proximité structurelle entre l'auteur et la bien connue petite bonne femme espagnole dessinée par Quino, autour d'une même façon de recourir à l'aphorisme décalé, désaxé (que Ramón appelle Gregueria) pour en faire une véritable machine à dévaluer la réalité / repoétiser la vie. Les rapprochements, même fortuits, éclairent le parcours du madrilène exalté. Le Roman de Ramón, texte plutôt dense, vient sous-tendre les interventions plus annexes du dossier, pour étayer la découverte d'un écrivain sensuel, électrique, idiosyncrasique. Non content de fonder un cercle poétique au café Pombo de Madrid en 1914, Ramón s'est adonné à des conférences-surprises, de véritables performances comme on en voit aujourd'hui, données peint en noir, ou bien, comme celle de 1928, prononcée au Cirque d'Hiver à Paris... assis sur le dos d'un éléphant. Mais la bizarrerie drôlatique ne s'arrête pas là : ce numéro se clôt sur une présentation du roman étonnant de Marcel Arnac, 83 cm d'aventures, par Grégoire Haehnel. Roman publié en 1925, 83 cm se joue très précisément sur la courte distance qui sépare le lieu de fabrication du liquide séminal de l'oeuf auquel il va porter l'étincelle, tout de l'autre côté du genre humain... Ou comment l'enthousiasme finit par transcender la poussière.



03.11.07
par Antonio Werli

Parmi la récolte du Salon de la revue, « quelques numéros du Nouvel Attila, qui fait un travail vraiment indispensable. Si vous ne connaissez pas, il faut se procurer cette revue, s’offrir un abonnement. Une revue qui fait mal au cochon tirelire (comme dirait g@rp), pas que ce soit cher, pas du tout (5 euros le numéro, rien en somme pour ce qu’on y trouve) mais parce que vous regardez ensuite votre bibliothèque et que vous vous demandez comment il est possible qu’il y ait autant de trous dont vous ne soupçonniez même pas l’existence auparavant ! Du coup, vous savez qu’il va être nécessaire d’investir (dans une nouvelle étagère, comprenez bien). Le Nouvel Attila a publié aussi Gog de Giovanni Papini, et prépare une édition d’Ascension de Ludwig Hohl disponible à partir du quinze novembre. »



Antonio Werli a cru reconnaître Attila derrière Hundépendant, la revue littéraire qui ouvre le roman L'Ami Buttler de Jérôme Lafargue   (éd. Quidam, pré-publication partielle dans LNA n°5) :

« Il se souvenait très bien de Maria Sombrano. Une première publication ne s'oubliait pas, d'autant qu'il en avait lu plusieurs esquisses avant la version définitive. Le jour de la parution, les responsables de la revue avaient organisé une fête dans l'appartement de l'un d'eux. Aucun n'avait plus de vingt-cinq ans à l'époque et, s'ils avaient la sagesse de ne pas prétendre révolutionner le microcosme littéraire, ils ne dédaignaient pas à l'occasion y jeter un peu de souffre. Aux côtés de textes inédits de jeunes auteurs, on trouvait ainsi des critiques féroces et des cris de rage devant l'oubli dans lequel étaient relégués de vieux écrivains déchus. Johann participait aux illustrations, mais préférait les agapes d'après bouclage, comme la grande majorité de tous ceux qui firent un bout de chemin avec Hundépendant ! Il s'imagina les émotions que Timon avait dû ressentir lors de l'exhumation de ce texte fondateur.»



Arte.tv, 28 février 2008
Par Alexandra Morardet

sur Arte TV
Le Nouvel Attila, revue libre et inventive sévit depuis 2004 pour exhumer « des auteurs oubliés, maudits, mineurs, pirates ou mésestimés ».

Dans le dernier numéro, un 5 à 7, paru il y a déjà quelques mois, Attila invite à « l’art de la relecture » avec les ouvrages d’André Baillon, de Jacques Abeille et de l’Argentin Leopoldo Lugones. Un supplément érotique de 15 pages illustrées fait la part belle aux expériences limites des auteurs maudits. La revue grand format est composée de quatre parties, critique (actualité éditoriale et exhumations en tout genre), créatique (feuilletons et nouvelles), cryptique ( études littéraires) et Trafic (partie magazine : portraits d’auteurs, interviews…)
« Attila défriche, déflore et transplante, avec passion, pour l’ironie de l’histoire. Un objectif : trouver d’autres manières de parler des livres, se battre au nom d’un avant, d’un ailleurs et d’un autrement ».
Une liste noire des livres épuisés pointe sur les manquements de l’édition actuelle. On y aime cette pugnacité à redécouvrir des textes manquants. Ce travail de fouineur trouve son aboutissement dans le travail d’édition, de réédition « d’œuvres iconoclastes ».
Les éditions Attila ont ainsi pourvu leurs rééditions de maquettes précieuses, agrémentées d’illustrations.
Le dernier ouvrage édité, Ascension de Ludwig Hohl a été réécrit et corrigé six fois entre 1916 et 1940. Le roman dépeint l’aventure de deux alpinistes qui font l’ascension d’un glacier. Il est publié dans sa version finale en 1975, avant de sombrer dans les tiroirs de l’oubli. Cette « Ascension » dramatique décrite minutieusement est une fuite « pour échapper la prison » de l’existence. Le sommet vaincu, il faut redescendre. Comme ce personnage qui continue seul malgré la difficulté, Attila réussit à sortir du carcan de l’édition, en ouvrant sa propre voie.



Et Libération, un jour...