Librairie virtuelle
    

Ascension
Revue de Presse

Blog Classe à faire, 24 avril 2008



en jeu, avril 2008 - n°415
Par Philippe Brenot



Le Matricule des Anges, février 2008



Au Sud de la frontière, 26.02.08
Par Agnès

Comparaison entre La Route, de Cormac McCarthy (aux éditions de L’Olivier), et Ascension, de Ludwig Hohl.

« En littérature, deux ouvrages, deux romans sortis très récemment avec un lien entre ces deux ouvrages : le lien commun, ça pourrait être une phrase, ça pourrait être “marche ou crève”, oui, je sais, c’est un peu rentre dedans comme introduction, “marche ou crève”, mais je pense que ça correspond bien aux deux romans que je vais vous présenter puisque dans ces deux romans il est question de marche, de parcours de trajet, mais de marche non sous un aspect de flânerie, de promenade, mais sous un aspect beaucoup plus sombre, dramatique, voire tragique, puisque ces deux textes content l’impuissance de l’homme face à sa propre fatigue, son auto-dépassement, son impuissance face au délabrement physique qu’il peut ressentir et face à des forces naturelles qui le dépassent et qu’il ne peut pas contrôler.
En contrepoint face à un sujet aussi difficile et aussi ardu, ces deux textes ont également comme parti pris et comme point commun l’extrême sobriété de leur écriture, sobriété qui va jusqu’à leur titre, puisque pour l’un, c’est La Route, et pour l’autre Ascension.
(...)
cette fois on n’est plus dans la route horizontale mais on est dans la route verticale , puisqu’Ascension brasse des thèmes identiques, mais dans un contexte différent.
Ascension, c’est un roman d’un certain Ludwig Hohl, un Suisse, un écrivain qui est mort en 1980 et qui a écrit et remanié ce texte à six reprises entre 1916 et 1940. Le texte paraîtra enfin sous sa version définitive en 1975. Ce texte a été plus ou moins oublié et redécouvert par les excellentes éditions Attila, qui font un énorme travail, qui se font plus ou moins une spécialité de déterrer des chefs d’œuvre inconnus. Voilà, ils viennent de ressortir ce texte qui est assez parfait dans son style et son intrigue. Ascension se passe au début du siècle dernier dans les années 20, au cœur des Alpes. Deux alpinistes, l’un aguerri, l’autre assez inexpérimenté, décident de s’attaquer à un glacier. L’un des deux va décider assez vite d’abandonner la partie après une terrible tempête de neige. On va suivre dans la deuxième partie du livre l’ascension solitaire, et un peu foldingue, de l’autre alpiniste, qui veut absolument arriver au sommet de ce glacier, et qui va s’avérer un combat, inégal dès le départ, une métaphore du dépassement de soi, dépassement qui confère un peu à la folie.
On est dans un récit initiatique, on est devant un homme qui veut se surpasser et se mesurer à lui-même et à la montagne, qui a un rôle prédominant. C’est à la fois un hymne à la montagne, à l’ascension, et un récit empreint de terreur face à cet élément naturel que l’auteur a du mal à contrôler, à mesurer aussi. On est face à des éléments monstrueux, que ce soient des tempêtes de neige, des glaciers, tous les dangers qui les guettent. On est face à un bloc totalement inhumain, irrationnel que sont la montagne, les sommets enneigés, que l’homme va vouloir absolument dépasser.
Le thème de ce livre, c’est l’extrême ambition, qui touche à la mégalomanie de l’homme. C’est une métaphore de la soif de performance, de progrès, déjà décelée dans les années 20. On est face à un tableau de l’ambition et de la mégalomanie humaines, qui vont mal se terminer. On est, comme dans La Route, dans un ressort qui tient en deux lignes et nous emmène très très haut. Comme La Route, d’ailleurs, c’est un très court texte, c’est écrit avec énormément de sobriété, de précision, de de concision. C’est un style impeccable, on sent qu’il a été remanié à plusieurs reprises. C’est net, sans fioritures , et ça sonne tout à fait juste.
On est dans les enfers, en hauteur, même si après il y a des descriptions beaucoup plus célestes du glacier. On a toute une palette de nuances de la nature dans des endroits extrêmes, comme les Hautes Alpes.

Petite précision : je parlais du travail de redécouverte des éditions Attila, il faut aussi signaler leur magnifique travail de fabrication du livre, puisqu’on a une couverture absolument sublime avec un rabat transparent qui fait que la couverture est dans des tons très opaques, presque enneigés, avec un dessin de montagne. Le texte est accompagné d’illustrations de Martin tom Dick, qui est très reconnu en tant que dessinateur, notamment aux éditions du Fremok. Ascension, c’est aux éditions Attila, au prix de 15€.
- Il faut préciser que les éditions Attila travaillent à chaque fois en binôme avec un dessinateur contemporain...
- et qu’ils font aussi une excellente revue, qui brasse également littérature et dessin ou bande dessinée. C’est un travail très haut de gamme ».



Blog ON apprend tous les jours, 31 janvier 2008
Par Thomas Bachy

« Soutenu par les superbes dessins de Martin tom Dieck, le lecteur accompagne les alpinistes au bout d'eux-même, au bout de leur histoire. Le lecteur accompagne les alpinistes, certes, mais toujours main dans la main avec la montagne omniprésente, omnipotente et majestueuse.
Pas forcément très facile d'accès, Ascension n'en reste pas moins une jolie parabole sur le destin des hommes et sur ce qu'ils en font. »



Paludes (émission littéraire de Radio Campus Lille), 11 janvier 2008
Par Nikola





Le Point, 10 janvier 2008

Au détour d’une lecture de La Montagne volante, de Christoph Ransmayr, ceci :

UN AUTRE LIVRE AU SOMMET

Si l’écrivain suisse Ludwig Hohl était tombé dans l’oubli - cet abîme -, ce n’est plus pour longtemps. Les éditions Attila rééditent son Ascension (traduction Luc de Goustine, 192 p., 15 €), récrit six fois entre 1916 et 1940, puis publié en 1975. Deux amis partent à l’assaut d’un glacier. Leur amitié va s’y trahir, la montagne enchaîner ces Sisyphe à piolet. La prose est simple, mais d’une poésie tranchante. « Pourquoi faites-vous l’ascension des montagnes ? » « Pour m’échapper de prison. »

C.O.-d.B.



Libération, samedi 29 décembre 2007
Une belle voix de fumeur, par Raphaël Krafft

SAMEDIRYSZARD KAPUSCINSKI

Pas ou peu de pèlerins dans le TGV Paris-Tarbes-Lourdes qui m’emmène à Jurançon. Le train est bondé : beaucoup d’étudiants de retour au pays et des Bordelais. Je pars chez mon père passer Noël. Ma famille est éclatée, parfois recomposée, aux quatre coins de la planète. Comme d’habitude, je suis chargé de journaux. Je m’arrête aux rubriques nécrologiques. L’une des disparitions qui m’a le plus marqué en 2007 est celle du journaliste polonais Ryszard Kapuscinski. Il savait décrire le monde dans un verre d’eau, en pratiquant le dénuement et les chemins de traverse. Dans les années 1950, on lui demande un reportage sur la vie des mineurs. La veille, un coup de grisou a frappé la mine. Il manque un homme pour aider à ramener le corps d’une des victimes à sa famille, trop pauvre pour venir le chercher. Kapuscinski se joint à l’équipée et revient avec le récit du voyage du cercueil, que son journal publie. En Pologne, les journalistes empruntent volontiers au roman. Née pour contourner la censure, cette écriture est devenue un style. Aujourd’hui encore, les reportages publiés dans les suppléments du week-end de la presse polonaise sont parfois d’une trentaine de pages… Interrogé il y a vingt ans par une prestigieuse revue américaine sur la frontière entre la fiction et le reportage, Kapuscinski répondait : «L’autre jour, j’ai regardé les résultats des prix littéraires en France. C’était incroyable. Pas un seul livre n’avait à voir avec la réalité du monde qui nous entoure.» Luc de Goustine, qui m’a accueilli chez lui en Corrèze lors de mon dernier voyage à vélo, partage ce sentiment. Quand nous nous sommes revus il y a peu à Paris, il m’a offert une de ses traductions récemment rééditée : Ascension (Attila), le récit d’une course de trois jours dans un massif alpin que Ludwig Hohl a mis quarante ans à écrire.

DIMANCHEMARIE-BLANQUE

Le col de Marie-Blanque relie les vallées d’Aspe et d’Ossau. Du village de Bielle, où nous préparons les vélos avec mon père, le pic du Midi d’Ossau, enneigé, a des airs de petite Jungfrau. La montée est raide dès le début. Mon père impose le rythme. Je reste dans sa roue, ahanant. Avec nos bicyclettes bigarrées, nos poils pleins les jambes, nous n’avons pas l’air très cyclistes. Passée la chapelle Notre-Dame-de-Houndaas, il ne reste plus qu’un ou deux kilomètres avant le plateau du Bénou où paissent encore des blondes d’Aquitaine, malgré le froid. Mon père est bavard dans les cols. J’attends que nous atteignions le raidillon au milieu des bois de Bergoueits pour attaquer et le laisser sur place, avec ses remarques sur les Bordelais en 4 x 4, le réchauffement et les ampoules à basse intensité. La neige est apparue sur le bas-côté. La nuit tombe. En haut, la stèle commémorative des combattants républicains espagnols du maquis de Marie-Blanque. Je la photographie en attendant mon père. Ce matin, j’ai lu le Ludwig Hohl d’un trait. «Pourquoi faites-vous l’ascension des montagnes ?» C’est au bord du gouffre, entre la vie et la mort, que le héros trouve la réponse à cette sempiternelle question.



Sitaudis.com, décembre 2007
Par Nicole Caligaris

Ascension, de Ludwig Hohl (1904-1980), traduit de l'allemand par Luc de Goustine, publié chez Gallimard (1980) sous le titre Une ascension, vingt ans indisponible, vient d'être réédité, dans cette même traduction, avec des illustrations de Martin Tom Dieck, par Attila, éditions de la très vivifiante "revue qui met du sang dans son vin". Merci jeunes gens, la vie serait triste sans des types comme vous.
Ascension, bref mais grand roman de montagne — le seul ? — est le récit d'une dernière course. L'homme qui projette sa vie, l'homme patron de son sort et relié à un but, entraîne vers un sommet à prendre son ami sans but, lui, hésitant, homme qui renonce et qui renonce d'avance, terrifié. Évidemment c'est la montagne la maîtresse du sort et du terme de chacun et il faut croire que la montagne reconnaît l'abandon comme une décision. Il faut croire que le ne pas pouvoir est digne d'un ne pas vouloir et même d'un ne vouloir pas. Je n'oublie pas ce que cette remarque représente pour ceux qui se trouvent aux prises quotidiennes avec des organisations larvairement autoritaires et réellement oppressives. Je n'oublie pas non plus que ce qui fait la grandeur d'un roman c'est ce qu'il a de litttérature dans le ventre et sous la peau. Je trouve dans Ascension, commencé en 1926, écrit six fois, déposé trente ans et repris encore avant sa publication en 1975, une méditation sur la force littéraire et le chaotique tracé d'une voie vers le livre. "Car le glacier n'a pas été "haché" seulement d'en haut ; de profil aussi, il a été réparti en toutes sortes d'antres, de salles, de niveaux ; semblable aux fondations, profondes de plusieurs étages, d'une usine écroulée ; si, par miracle, on pouvait un instant percer les ténèbres de cette substruction, la vue qui s'offrirait rappellerait certaines œuvres d'un Piranèse."



VSD, 20 novembre 1980
Par Jean-Pierre Enard

« Ludwig Hohl vient de mourir à 76 ans. Il a commencé ce récit dès 1926. Deux hommes, Johann et Ull, tentent d’escalader une montagne. Johann se décourage. Il redescend dans la vallée. Ull s’accroche et parvient au sommet. Mais au bout de leur chemin, ce qui les attend l’un et l’autre, c’est la mort, qui les révèle à eux-mêmes. Tout cela est dit en une centaine de pages qui laissent une impression profonde. Nous n’aimons guère les grands mots. Ici, pourtant, on ne peut guère les éviter : il s’agit d’un chef-d’œvre »











Ce site est réalisé par Charlotte